Personne ne sait toujours réellement pourquoi Henri-Claude Oyima a quitté le ministère de l’Économie. Cette situation demeure l’un des grands mystères pour de nombreux jeunes Gabonais intéressés par les affaires et la politique, tant le parcours de cet homme incarne un espoir pour une gouvernance économique renouvelée. Considéré comme l’un des banquiers les plus influents du continent, il avait été appelé à servir son pays dans un contexte particulièrement exigeant : une économie fragilisée, un endettement massif et des besoins de réformes structurelles.
Surnommé affectueusement « HCO » par ses proches, Oyima avait surpris plus d’un en acceptant cette fonction qu’il avait longtemps refusée, y compris sous la présidence de Omar Bongo. Finalement nommé Ministre d’État, Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, il a pris officiellement ses fonctions le 8 mai 2025, après sa désignation par le président Brice Clotaire Oligui Nguema le 5 mai de la même année. Pendant près de huit mois, jusqu’à sa sortie du gouvernement le 1ᵉʳ janvier 2026, il s’est attelé, avec une énergie peu commune, à insuffler une nouvelle dynamique à la gestion publique.
De la digitalisation des procédures à l’idée d’une centrale d’achat nationale, de la systématisation de la budgétisation jusqu’à la transparence des Fonds souverains, HCO n’a jamais rechigné devant les dossiers denses. Il a porté des propositions audacieuses : une taxe forfaitaire d’habitation discutée avec vigueur dans l’opinion, un budget volontairement orienté vers l’investissement, et une remise en question des pratiques budgétaires historiques. Il faut toutefois rappeler que le projet de loi de finances ne relève pas de la seule responsabilité du ministre de l’Économie : il est le fruit d’arbitrages en conférence budgétaire, où chaque ministère exprime ses besoins. Dans ce cadre, plusieurs départements ont contribué à tirer les prévisions vers le haut. Le budget général de l’État pour l’exercice 2026 a ainsi été arrêté autour de 4 300 milliards de FCFA, avec un budget d’investissement prévisionnel avoisinant les 1 200 milliards de FCFA, traduisant une ambition collective de relance et de transformation économique.
Certains observateurs ont vu dans ses initiatives l’os à ronger pour les administrations dites « intouchables ». Ainsi, inscrire des directions générales traditionnellement hors budget, comme la DGDI, dans un schéma transparent et conforme aux registres du Trésor public, ou encore revendiquer que les primes de performance ne soient versées qu’en cas de résultats tangibles, ont été perçus comme des ruptures profondes. Dans la même logique, Henri-Claude Oyima envisageait la fermeture des agences jugées non productives, une orientation qui, sans surprise, ne faisait pas l’unanimité. Il s’interrogeait également sur la pertinence des formations coûteuses à l’étranger pour les cadres des régies financières, qu’il jugeait budgétivores, préférant privilégier des programmes de formation organisés au Gabon, capables de toucher un plus grand nombre d’agents à moindre coût.
Et pourtant, à ce jour, son successeur poursuit plusieurs des réformes qu’il avait initiées. Cela soulève une question fondamentale : si ce n’est pas un problème de compétence ou de vision, alors qu’est-ce qui explique réellement son départ ? Certains disent qu’il aurait lui-même demandé à quitter ses fonctions, préférant retrouver le monde structuré et performant des affaires, à l’instar de sa longue expérience au Groupe BGFI, où la rigueur et la performance opérationnelle sont des normes établies. D’autres évoquent les réseaux endogènes et exogènes qui s’activaient dans l’ombre d’un ministère aussi puissant que celui de l’économie.
Ce qui demeure certain, c’est que des milliers de jeunes, au Gabon et en Afrique, regardent encore aujourd’hui vers HCO comme un modèle non pas seulement pour sa puissance financière, ses réseaux ou son statut de banquier, mais pour son audace à tenter l’impossible dans un environnement souvent réticent au changement. Dans une époque où l’on célèbre les réussites sans expliquer les transitions, il serait précieux qu’il éclaire l’opinion nationale sur les raisons de son départ.
Non pas pour raviver d’anciens débats, mais pour inspirer toute une génération qui cherche à comprendre comment on gouverne, comment on réforme, et comment l’engagement personnel peut parfois se heurter à des réalités politiques plus complexes qu’un simple bilan budgétaire.
Jacques Legnongo


