Ike Ngouoni: Two days after my appointment, I made my first mistake.

Dans les hautes sphères de l’État, les fonctions prestigieuses s’accompagnent souvent d’épreuves silencieuses que l’on ne voit pas toujours de l’extérieur. Derrière les titres et les responsabilités se jouent des dynamiques humaines complexes, faites d’attentes, de rivalités, de jugements rapides et de règles non écrites. Les premiers pas dans un tel environnement deviennent alors une véritable école d’apprentissage, où chaque geste, chaque mot et chaque décision peuvent révéler la place que l’on occupe réellement. C’est dans ce contexte que survient parfois une première erreur anodine en apparence mais suffisamment révélatrice pour comprendre très vite la nature du terrain sur lequel on évolue. Voici le récit de Ike Ngouoni:

Une erreur banale. Un message de compassion mal rédigé. Ce que j’ai reçu en retour m’a tout appris sur l’endroit où j’étais. Un accident de la route meurtrier aux alentours de Kango. Plusieurs morts. De nombreux blessés. Le Président doit communiquer. Je rédige le message: compassion pour les victimes, reconnaissance aux équipes de secours. Je cite les pompiers. Deux jours dans le poste. Logique, non ?

Quelques heures plus tard, un ministre me remet à ma place avec une condescendance que je n’oublierai pas. Les pompiers n’étaient pas sur place. Il avait raison.

Mais ce n’est pas ça que je retiens.

Ce que je retiens, c’est la morgue avec laquelle c’est dit. Ce moment où vous comprenez que rien ne vous sera pardonné, pas parce que l’erreur est grave, mais parce que vous êtes le petit nouveau. Et que certains attendaient ce moment depuis le soir de ma nomination, pour crier à l’incompétence et à l’erreur de casting.

Ce moment m’a appris quelque chose que je n’avais pas encore compris : dans ces environnements, il n’y a pas de période d’essai, pas de période de grâce, votre place n’est jamais acquise. Elle est assignée. Et elle peut être retirée à tout moment.

Quelques jours plus tard, premier grand déplacement international. L’Assemblée Générale des Nations Unies. New York.

Organisation millimétrée. Chacun a ses habitudes, ses places, ses codes silencieux. Le cortège s’ébranle depuis l’aéroport.

Et vous découvrez où vous êtes.

Dans le van. Avec les derniers éléments de la sécurité. Et les bagages.

Bizutage silencieux. Signal clair. Corps étranger.

J’aurais pu laisser ça m’aigrir. Me fermer. Décider de jouer le même jeu — défendre mon territoire, éliminer les menaces.

En prenant la tête de la communication présidentielle, on m’avait donné une consigne claire : virer tout le monde et recommencer à zéro.

J’ai résisté à ça.

Un proverbe du Haut-Ogooué enseigne que c’est sur les mesures de l’ancienne maison qu’on bâtit la nouvelle. J’ai essayé de prendre la mesure de l’existant avant d’amorcer le changement.

Dans une grande maison comme la Présidence, il y a plusieurs catégories de personnes. Ceux qui sont arrivés avec vos prédécesseurs. Ceux qui sont là depuis des décennies et ont survécu à tout. Ceux qui sont nostalgiques de l’ancien temps. Et ceux qui parient sur votre échec programmé, qui vous regardent avec l’œil de celui qui sait déjà que vous ne serez qu’une comète.

La plus grosse bataille n’était pas celle des équipes.

Elle était ailleurs.

Ce que je n’avais pas anticipé, c’est que ces deux pressions ne se succèdent pas. Elles coexistent. Parfois dans la même journée. Parfois dans la même réunion.

D’un côté, ceux qui vous disent que vous êtes la solution à tout. Tout le monde sait. Tout le monde vient « de la part du Président ». Tout le monde vous dit que vous êtes le plus fort, le plus intelligent. C’est une machine à nourrir l’ego et à booster l’hubris. J’ai vécu ça.

De l’autre, le mépris brutal de ceux qui pensaient que c’était mieux avant. Ceux qui nous regardaient comme de jeunes imberbes sans perspective, sans sens de la politique. La dernière lubie du chef. Une vague qui passerait.

Et vous, au milieu, qui essayez de rester vous-même.

Il y avait aussi ça : impossible d’exister en dehors d’un groupe. Dans ces environnements politiques, vous êtes défini par votre appartenance. Pas par ce que vous êtes. Pas par ce que vous faites.

Dans tout ça, une chose devient claire.

Le plus difficile n’est pas de proposer une stratégie.

C’est de tenir une ligne. Sans céder à la flatterie. Sans se laisser définir par le regard des autres, ni par ceux qui vous portent aux nues, ni par ceux qui attendent votre chute.

Ce que cette ligne m’a coûté, et ce qu’elle m’a appris, c’est une autre histoire.

Et vous, avez-vous déjà vécu ça ? Dans votre travail, votre entreprise, votre famille ? Ce moment où vous comprenez les règles non écrites d’un endroit en les enfreignant ?

À suivre…

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