Avec 2,8 milliards de dollars perdus en 2024, l’évasion fiscale représente pour le Gabon bien davantage qu’un simple manque à gagner : elle équivaut à une ponction majeure sur les ressources de l’État, dans un contexte où la dette publique dépasse déjà 70 % du PIB et où les déficits hors pétrole se creusent. Chaque dollar soustrait à l’impôt accroît la dépendance du pays au financement extérieur et réduit sa capacité à investir dans les infrastructures, l’énergie, la santé ou l’éducation. Cette situation met en évidence la faiblesse persistante de l’administration fiscale, mais aussi l’insuffisance des mécanismes de contrôle des flux financiers et des profits transférés à l’étranger.
Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de compenser ces pertes par davantage d’endettement, mais de reconstruire une architecture fiscale capable de sécuriser les recettes nationales. Cela suppose la numérisation du recouvrement, le renforcement des contrôles douaniers et fiscaux, ainsi qu’une meilleure coopération internationale pour tracer les capitaux dissimulés. À défaut, le Gabon continuera à emprunter pour financer ce qu’il perd chaque année par défaut de gouvernance fiscale ; à l’inverse, une réforme crédible permettrait de transformer cette fuite de ressources en levier durable de développement.

