Par Mandah-Moni, ancien sous-préfet
Dans un contexte international marqué par l’incertitude économique et la volatilité des marchés des matières premières, les décisions récentes prises au niveau de la CEMAC et par les autorités gabonaises ont suscité interrogations et commentaires. Pourtant, loin des discours alarmistes, il convient d’apporter une lecture sereine et pédagogique de la situation afin de permettre à chacun de comprendre les enjeux réels.
La réunion extraordinaire des Chefs d’État de la CEMAC s’inscrit avant tout dans une logique d’anticipation. Les économies de la sous-région demeurent encore fortement dépendantes du pétrole, qui représente entre 40 % et 60 % des recettes publiques. Une telle dépendance impose une vigilance constante face aux fluctuations des prix internationaux. Il ne s’agit donc ni d’une crise déclarée ni d’un signal de panique, mais d’un exercice de responsabilité collective visant à préserver la stabilité monétaire, notamment celle du franc CFA, et à garantir la continuité des fonctions essentielles de l’État.
Dans ce dispositif, le Fonds monétaire international est souvent perçu, à tort, comme un gendarme. En réalité, le FMI agit avant tout comme un partenaire technique, dont le rôle est d’accompagner les États dans l’amélioration de la gestion de leurs finances publiques. Ses recommandations, maîtrise du déficit, soutenabilité de la dette, meilleure gouvernance , relèvent du bon sens économique. Elles sont comparables à celles d’un conseiller financier qui invite à ne pas dépenser durablement plus que ses moyens. Il en va de la crédibilité de l’État et de sa capacité à protéger les populations.
La question du rapatriement des Fonds de Restauration des Sites (Fonds RES) mérite également d’être comprise. Ces fonds, constitués par les entreprises minières et pétrolières pour réparer les impacts environnementaux de leurs activités, représentent des montants considérables. Leur gestion rigoureuse et leur localisation au Gabon renforcent la transparence, réduisent les risques pour les finances publiques et évitent que l’État ne soit contraint, à l’avenir, de supporter seul des coûts environnementaux lourds.
Enfin, l’éventualité d’une loi de finances rectificative doit être perçue comme un instrument normal de gestion publique. Ajuster un budget en cours d’année n’est ni un aveu d’échec ni un signe de faiblesse. C’est, au contraire, une démarche de bonne gouvernance, comparable à celle d’un ménage qui adapte ses dépenses à l’évolution de ses revenus, sans être en difficulté.
En définitive, le message essentiel est clair : le Gabon n’est pas en crise, il s’organise. Les choix opérés traduisent une volonté d’anticipation, de discipline et de protection de l’avenir économique national. Comprendre ces mécanismes permet d’éviter les peurs inutiles et de renforcer la confiance dans l’action publique.

