Sénégal : Diomaye voulait réduire Sonko au silence, il lui a offert le perchoir

ANALYSE: Un coup de théâtre en trois actes:
Il n’aura fallu que 72 heures pour que le calcul politique du président Bassirou Diomaye Faye se retourne contre lui avec une brutalité spectaculaire. Dans la nuit du vendredi 22 mai 2026, par le décret n°2026-1128, le chef de l’État a invoqué ses prérogatives constitutionnelles pour mettre fin aux fonctions de son Premier ministre et ancien mentor, Ousmane Sonko, entraînant la dissolution complète du gouvernement. L’annonce, lue solennellement sur les antennes de la RTS, devait marquer la mise à l’écart définitive d’un homme devenu encombrant. Elle a produit l’effet inverse.


Quarante-huit heures plus tard, El Malick Ndiaye annonce sa démission de la présidence de l’Assemblée nationale, le suppléant de l’ancien Premier ministre Ismaïla Wone renonce à son siège de député en faveur de Sonko, et une convocation de séance plénière pour le mardi 26 mai est signée. À l’ordre du jour : la réintégration du député Ousmane Sonko et l’élection d’un nouveau président de l’institution parlementaire. La mécanique est implacable. Sonko, censé disparaître de la scène, s’apprête à en prendre la tête.

La rupture d’un binôme historique
Pour comprendre l’ampleur du séisme, il faut mesurer ce que représentait ce tandem. À peine sortis de prison à la faveur d’une loi d’amnistie, les deux hommes avaient fait campagne ensemble sous le slogan « Diomaye moy Sonko » « Diomaye c’est Sonko » en wolof. Cette formule résumait une fusion politique rare : Diomaye n’était pas seulement l’allié de Sonko, il était son produit, sa création, son double institutionnel.


Mais le pouvoir a une logique propre. Tandis que Sonko maintenait la direction du Pastef depuis le poste de Premier ministre, Diomaye s’appuyait sur sa propre coalition politique, accentuant la fragmentation du pouvoir exécutif. La stature présidentielle de Diomaye s’est encore consolidée fin 2025 lorsque le Sénégal a obtenu la présidence de la Commission de la CEDEAO pour la période 2026-2030 — une légitimité régionale et internationale qui a manifestement poussé le président à s’émanciper définitivement de la tutelle politique de son ancien mentor.

Le piège constitutionnel:
En limogeant Sonko, Diomaye pensait sans doute exercer une prérogative classique d’un chef d’État dans un régime présidentiel. Il a oublié une donnée fondamentale : Bassirou Diomaye Faye ne peut pas dissoudre l’Assemblée nationale avant novembre 2026, soit deux ans après le début de la législature. La Constitution lui interdit donc le seul outil qui lui permettrait de reprendre la main sur le rapport de forces parlementaire.


Or ce rapport de forces lui est profondément défavorable. El Malick Ndiaye avait été élu président de la 15e législature au lendemain de la large victoire du Pastef, avec 130 sièges sur 165, en novembre 2024. Cette majorité écrasante est, dans sa quasi-totalité, acquise à Sonko. Le président doit nommer un nouveau Premier ministre, qui devra obtenir l’approbation des députés dans un délai de trois mois — et les députés disposent également des moyens nécessaires s’ils choisissent de déposer une motion de censure ou de défiance.

Sonko au perchoir : une revanche institutionnelle. L’information est désormais confirmée : Ousmane Sonko sera installé président de l’Assemblée nationale du Sénégal ce mardi 26 mai. Ce qui devait être une relégation se transforme en recomposition de l’architecture du pouvoir. Car la présidence de l’Assemblée nationale n’est pas une sinécure : troisième personnage de l’État selon le protocole républicain, le président de l’Assemblée contrôle le calendrier législatif, dispose d’un droit de saisine du Conseil constitutionnel et incarne une légitimité populaire que nul ne peut lui contester.


Plusieurs scénarios se dessinent désormais : soit une rupture ouverte où Sonko se repositionne comme leader de contestation et réactive la mobilisation populaire ; soit une cohabitation conflictuelle où l’Assemblée devient un contre-pouvoir permanent ; soit une recomposition progressive où Diomaye parvient à élargir sa base politique en se détachant de l’héritage Sonko ; soit enfin un retournement où l’éviction renforce paradoxalement la stature de Sonko comme figure de résistance.

Que peut faire Diomaye ?
C’est la question que tout Dakar se pose ce lundi 25 mai. Les réponses, constitutionnellement, sont peu nombreuses et toutes comportent un risque.
Nommer un Premier ministre de combat : choisir un profil loyal qui accepte d’affronter une Assemblée hostile serait courageux mais suicidaire à court terme. Une motion de censure peut faire tomber un gouvernement en quelques semaines.


Composer et négocier : approcher en coulisses certains élus Pastef pour tenter de fracturer la majorité Sonko. C’est l’option la moins spectaculaire, mais peut-être la plus réaliste d’ici à novembre 2026 et l’ouverture de la fenêtre de dissolution. Dissoudre dès novembre 2026 : attendre l’échéance constitutionnelle et provoquer de nouvelles législatives en espérant que la rupture avec Sonko lui profite dans les urnes. Un pari hasardeux, car Sonko demeure plus populaire que Diomaye dans l’opinion sénégalaise.


Démissionner : hypothèse extrême que certains analystes n’écartent pas totalement, mais que rien ne laisse envisager à ce stade.

En conclusion, la politique africaine n’aime pas les demi-mesures Le Sénégal se trouve dans une situation institutionnelle sans précédent dans son histoire républicaine. Diomaye voulait éliminer Sonko du jeu exécutif. Il l’a propulsé au cœur du jeu législatif, depuis une tribune que personne ne peut lui retirer par décret.


L’histoire retiendra que le slogan « Diomaye moy Sonko » s’est révélé prophétique dans un sens que ses auteurs n’avaient pas prévu : les deux hommes sont désormais inséparables — non plus comme alliés, mais comme adversaires institutionnels au sommet de la République. Et dans ce duel au perchoir, c’est Sonko qui, pour l’heure, tient le haut du pavé.

Le Président sénégalais, S.E Bassirou Diomaye Faye

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