Forum international de Libreville : trois signaux forts qu’Oligui Nguema doit envoyer avant le 3 mai

Le Forum international de Libreville pour l’innovation et le développement est prévu le 3 mai 2026 au Palais des Congrès de la Cité de la Démocratie. L’événement devrait réunir chefs d’État, investisseurs, experts et représentants d’institutions internationales, soit quelque 1 000 participants issus de 35 pays et environ 300 entreprises attendues. Une vitrine internationale pour le Gabon, certes. Mais une vitrine qui risque de renvoyer une image trouble si trois problèmes de fond ne sont pas réglés avant l’ouverture des travaux.

  1. Lever la suspension des réseaux sociaux. Le forum est axé sur le thème « Stabilité politique, climat des affaires et intelligence artificielle : catalyseurs de croissance ». Il serait pour le moins paradoxal qu’un pays organisant un événement de haut niveau consacré à l’innovation numérique maintienne simultanément ses plateformes digitales suspendues. Depuis le 17 février 2026, les réseaux sociaux restent bloqués au Gabon, un recours massif au VPN permettant aux citoyens de les contourner. L’affaire opposant le parti Ensemble pour le Gabon (EPG) à la Haute Autorité de la Communication (HAC) sur la légalité de cette suspension a d’ailleurs été renvoyée au 29 avril 2026 par la Cour d’appel de Libreville. Cette mesure, toujours en vigueur à quelques jours du forum, contredit frontalement l’image d’un Gabon ouvert, attractif et résolument tourné vers les nouvelles technologies.
  2. Libérer Alain-Claude Bilie-By-Nze
    Si le président de la République n’est pas le procureur, il n’en demeure pas moins, constitutionnellement, le garant de la cohésion nationale et de la stabilité institutionnelle. Le principal opposant gabonais, Alain-Claude Bilie-By-Nze, a été placé sous mandat de dépôt le 16 avril 2026, poursuivi pour des faits présumés d’escroquerie et d’abus de confiance. Selon son parti, cette affaire est liée à une créance de 5 millions de francs CFA que l’État gabonais n’aurait pas honorée dans le cadre de l’organisation de la Fête des cultures, dont il était à l’époque le président du comité d’organisation — une responsabilité institutionnelle et non personnelle. Son parti dénonce une « manœuvre politique grave » visant à « faire taire une voix critique majeure » et à « instaurer un climat d’intimidation incompatible avec les exigences démocratiques ». Qu’elle soit fondée ou non sur le plan juridique, cette détention envoie un signal négatif aux investisseurs étrangers que le gouvernement cherche précisément à séduire le 3 mai.
  3. Inviter les activistes de la diaspora et garantir leur sécurité
    Le Forum international de Libreville se tient au Palais des Congrès de la Cité de la Démocratie, un complexe institutionnel ultramoderne bâti sur les ruines de l’ancienne Cité de la Démocratie, démolie en 2014. Ce lieu, porteur d’une charge symbolique forte, ne peut accueillir un tel événement sans que le pouvoir n’y associe les voix critiques de la diaspora; qu’il s’agisse de Princesse de Souba, de Jonas Moulenda, de Thibault Adjatys ou d’autres figures de la société civile gabonaise à l’étranger. Leur présence garantie et sécurisée donnerait un sens concret au nom « Cité de la Démocratie ». Car la démocratie, dans son acception la plus fondamentale, c’est l’acceptation du pluralisme y compris de ceux dont on ne partage pas les idées.
    À six jours de l’ouverture du forum, le temps presse. Ces trois gestes ne sont pas des concessions : ce sont des prérequis à la crédibilité du message que le Gabon souhaite envoyer au monde.

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