Sylvia Bongo aurait-elle menti sur France 24 ?

La récente prise de parole de Sylvia Bongo Ondimba sur la chaîne France 24 a provoqué de nombreuses réactions au Gabon. Dans cet entretien, l’ancienne Première dame s’est présentée comme victime des événements politiques ayant conduit à la chute du régime de son époux, Ali Bongo Ondimba. Pourtant, pour une grande partie de l’opinion gabonaise, ce récit peine à convaincre et suscite même un certain agacement.

Pour beaucoup de Gabonais, le témoignage livré sur un média international donne l’impression d’une tentative de réécriture d’une période que nombre d’entre eux disent avoir vécue autrement. Ceux qui étaient au Gabon après l’AVC d’Ali Bongo en 2018 se souviennent d’un climat politique particulier, marqué par des interrogations persistantes sur l’exercice réel du pouvoir. Dans ce contexte, Sylvia Bongo est régulièrement décrite par ses détracteurs comme la véritable figure d’autorité durant la convalescence du président.

Selon cette lecture très répandue dans le débat public, l’ancienne Première dame contrôlait l’accès au chef de l’État et servait d’intermédiaire quasi exclusif entre lui et les institutions. Certains responsables politiques affirment qu’elle relayait les messages du président à l’administration et au gouvernement, une influence jugée par beaucoup aussi déterminante qu’informelle.

Un épisode souvent rappelé par ses critiques illustre cette situation : un message publié sur sa page Facebook personnelle indiquant que le président attendait en urgence le Premier ministre, le vice-président et la présidente de la Cour constitutionnelle au Maroc. Pour de nombreux observateurs, voir une communication d’une telle portée institutionnelle passer par un réseau social personnel avait renforcé l’impression d’un pouvoir exercé en dehors des canaux habituels de l’État.

À ces critiques s’ajoutent celles liées à l’influence que Sylvia Bongo aurait exercée sur certaines nominations au sein de l’administration. Ses opposants l’accusent d’avoir installé un cercle de fidèles dans des postes stratégiques afin de consolider un réseau d’influence au sommet de l’État. D’autres accusations, relayées dans l’espace politique et médiatique, évoquent également des soupçons de gestion opaque de fonds publics et de mécanismes de décaissements controversés au profit de structures qui lui étaient liées.

L’image d’une ancienne Première dame victime peine à trouver un écho auprès d’une partie de la population. Pour ses détracteurs, la sortie médiatique sur France 24 ressemble moins à un témoignage qu’à une tentative de repositionnement dans la bataille de la mémoire politique. Au Gabon, où les années de pouvoir de la famille Bongo restent un sujet brûlant, le récit de Sylvia Bongo se heurte à une conviction largement répandue : elle n’est pas une victime mais plutôt le chef d’orchestre d’une période sombre de la vie politique gabonaise. Voilà pourquoi son récit arrangé n’émouvra personne et personne ne la regrettera au Gabon.

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